Apparemment:
Pontus Carle n'assistait pas non plus au Big-Bang, Et il n'est
pas particulièrement un spectateur abonné et assidu
des explosions. Sauf d'une seule : celle qui est à l'origine
du phénomène de la création plastique qui,
pour lui, procède nécessairement aussi d'un choc
avec souffle et éclat. L'explosion donc et plus précisément
dans sa phase active : au moment du mouvement, à l'instant
de passage d'un état à un autre.
Tel
est l'enjeu de son pari : saisir au vol, c'est le cas de le dire,
les éléments en leurs métamorphoses, pointer
du pinceau les particules affolées, dessiner les trajectoires
tendues de l'éclatement et suspendre le tout hors du temps
et de l'espace,
Rien d'étonnant alors à ce que, devant ses toiles,
on éprouve l'impression première d'un indescriptible
chaos. Et puis, rapidement, face à ce branle-bas général,
des formes désarticulées commencent à se
révéler - ici une roue, ailleurs une échelle
- pour se désagréger aussitôt, au moment même
où elles entraient dans le champ de possibles identifications.
A l'image aussi de ces signes, soudainement veufs, qui fusent
vers l'illisible alors qu'on s'apprêtait à en faire
lecture.
Car toute la force de Pontus Carle est là : dans cette
formidable capacité de fixer, sans se tromper de seconde,
l'état furtif où les choses ne sont plus ce qu'elles
étaient et ne sont pas encore ce qu'elles vont être,
de leur conjuguer un présent impossible, composé
d'un impératif de retenue, d'un futur entrevu et d'un passé,
encore chargé de l'image initiale, tel qu'il peut, par
exemple, se révéler dans les effets de persistance
rétinienne
Sa méthode même de travail témoigne de cette
attention et de cette tension, qui le voit tout d'abord condenser
simplement les éléments, matières, couleurs,
au centre de la toile, pour les détruire ensuite avec une
violence parfaitement maîtrisée et les reconstruire
enfin partiellement, juste au point précis. Sans jamais
perdre de vue le noyau : l'interrogation du monde et de la peinture.
Henri François DEBAILLEUX