En 1950 Roger Desserprit expose pour la première fois chez
Colette Allendy, galerie parisienne connue pour se choix d'avant-garde,
ainsi qu'au tout jeune salon des Réalités nouvelles.
Il a vingt sept ans....
LE GROUPE MADI
Dégagé du contexte de l'école des beaux-arts
tant sur le plan de l'apprentissage que du point de vue intellectuel,
Desserprit est à même d'entrer en contact avec le
milieu artistique. C'est par l'intermédiaire de poète
André Frénaud (né à Montceau-les-Mines
en 1907,ayant publié en 1943 Les Rois mages), qu'il fait
la connaissance de Bazaine, Ubac et Vieira da Silva dont il fréquente
régulièrement les ateliers . Chez Vieira da Silva
et chez son mari Arpad Szenes, il rencontre le milieu sud-américain
et tout spécialement l'uruguayen Carmelo Arden Quin, ami
du couple depuis les années d'exil de ce dernier au Brésil
entre 1940 et 1947. Celui-ci était initiateur du mouvement
Madi (carMeloArtDen quIn) qu'il avait fondé en 1946 ; arrivé
à Paris en 1948, il reprend ses activités artistiques
avec Juan Mele, gregorio Vardanega et José Bresciani, fait
de multiples recontres ; Michel Seuphor , Marcelle Cahn, Herbin
, Arp, Del Mare. En 1949, il participe au tout jeune salon des
Réalités Nouvelles (fondé en 1946). Une exposition
Madi est organisée au mois d'Avril 1950 à la galerie
Colette Allendy, regroupant des oeuvres de Arden Quin, Bresciani,
Desserprit, Eielson, Vardanega. L'ensemble sera d'ailleurs transféré
au salon des Réalités nouvelles de cette même
année. A ce moment, Roger Desserprit s'inscrit dans le
mouvement pictural d'avant-garde.
Les théories madi relèvent d'une esthétique
abstraite de type géométrique issue du néoplasticisme
de Mondrian, des réflexions sur l'art concret de van Doesburg
- réflexions auxquelles on peut rattacher le passage suivant
du manifeste madi de 1946 : " L'oeuvre est, n'exprime pas,
l'oeuvre est, ne représente pas, l'oeuvre est, ne signifie
pas " -- . c'est Arden Quin qui a initie le jeune peintre
français aux règles d'utilisation de la section
d'or, ainsi qu'à la suite de Fibonacci qui, de façon
très rigoureuse entre 1950 et 54, seront utilisées
par Desserprit ...
LE
GROUPE ESPACE ET L'EXPOSITION CHEZ COLETTE ALLENDY
Avec la parution en 1951 d'un manifeste non daté et l'appui
de la revue Art d'aujourd'hui (fondée en 1949 par l'un
des membres du groupe : André Bloc), les 23 signataires
plasticiens - dont Del Mare, le président , Béothy,
Desserprit, Gorin, Jacobsen, Lardera, Schöffer, et Vasarely...
ainsi que des architectes - revendique l'intégration
ou la " synthèse des arts " avec des techniques
contemporaines, dans une expression non figurative qui intervient
directement sur la communauté, la création plastique
doit être fonctionnelle, s'inscrire dans un " espace
réel ". Enfin, un des points qui trouvera son
application dans l'exposition de plein-air du groupe, a Biot en
1954 , est mis en évidence dés 1951, lorsque les
signataires du manifeste préconisent : " un art devenu
spatial par la pénétration de la lumière
dans l'oeuvre , un art dont la conception et l'exécution
s'appuient sur la simultanéité des aspects dans
les trois dimensions non suggérées, mais tangibles
".
L'esprit du groupe convient fort peu à Desserprit ; c'est
pour lui l'occasion de rencontres, d'amitiés, de confrontations
avec les artistes cités précédemment et d'autres
que nous ne saurions tous mentionner. Aujourd'hui encore Roger
Desserprit rappelle que " Mondrian retrouvant des proportions
reprises de Vermeer a donné des possibilités nouvelles
aux architectes". De même, il a le sentiment que l'artiste
se rend utile, non essentiellement en qualité de contemplatif,
mais en servant des causes collectives. Si donc il se dégage
assez rapidement du groupe espace , du moins les concepts avancés
par celui-ci sont restés sous-jacents pendant plus de trente
ans....
L'appartenance de Roger Desserprit à des groupes et des
mouvements artistiques - et ceci dans un laps de temps très
court correspondant à l'enthousiasme de la jeunesse - lui
apparaît aujourd'hui comme une étape nécessaire
mais non déterminante. Elle nous permet, par contre , de
mieux comprendre la fil conducteur qui nous relie aux peintres
et aux sculptures actuelles.
Cette démarche, que peut-être les accidents du quotidien
masquent en apparence, on la reconnaît à travers
les composantes structurales de ses oeuvres dont les fondements
entre 1950 et 1954 n'ont été que des moyens pour
aboutir à une rigueur formelle cachée sous un
lyrisme de la ligne et de la couleur. Les notions de synthèse,
de complémentarité et d'harmonie sont évidentes
aussi bien dans les reliefs en taille de monnaie que dans peintures
de 1970 ou 1980. L'inscription dans un domaine plus spécifiquement
aérien, que ce soit l'espace des oiseaux ou celui de dimension
cosmique, jalonne le parcours de l'oeuvre.
Roger Desserprit donne aux interrogations métaphysiques
qui l'angoissent la réponse symbolique de l'artiste, affirmant
sa vocation d'être résolument peintre et sculpteur.
Extrais
des textes du catalogue pour l'exposition au musée des
Ursulines de Mâcon en 1983.