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Le tournant brusque qu'a pris la peinture de Gauthier s'est
imposé à l'artiste au moment où il sentait
avoir poussé les recherches antérieures jusqu'aux
limites du possible.
L'acte de libération
accompli fut pour lui une réaction d'une telle conviction
qu'il jugea bon de montrer les dernières toiles de l'époque
passé à côté des toiles nouvelles.
Dans cette confrontation
les uvres " d'hier " se défendent bien
: les éléments facettés, couverts de pâtes
compactes, chatoyantes, s'entassent en des champs de forces si
dynamiques, qu'on pressent l'éclat, qui ensuite se produisit,
non sur les toiles, mais dans la conscience du peintre. Un besoin
irrésistible s'empara de lui d'en finir avec ces compositions
surchargées et trop élaborées, de s'abandonner
à l'inspiration spontanée, de revenir aux couleurs
pures et fraîches. Son état joyeux se fit jour en
des traits et coups de pinceau sans système ni structure,
mais d'une verve frappante.
Cependant, le
problème se posait, de lier les thèmes esquissés
au fond coloré, et dans certaines toiles exposées
le risque ne parait pas évité, les contours alors
s'enlacent en des ornements fixés à la surface.
En bien d'autres au contraire, les couleurs s'infiltrent dans
les compositions aérées, les transposent dans un
univers infini, qui parait vibrer autour des formes étranges
qui évoquent parfois des plantes luxuriantes, tropicales.
Même si
en l'état actuel, la peinture de Gauthier manque encore
d'équilibre, le désir de renouvellement qui s'y
manifeste et la vitalité du recommencement donnent une
garantie rassurante de son développement futur.
Herta
Wescher
Cimaise, 2 décembre 1958.
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