JEUNES
PEINTRES
JANNOT
Il n'est plus
possible aujourd'hui à l'artiste de s'isoler du monde qui
l'entoure, de vivre et de travailler à l'écart,
de rompre les liens qui l'attache, comme autant d'amarres, à
la réalité vivante de son temps. D'ailleurs, qu'il
le veuille ou non, cette réalité lui est nécessaire
et il ne peut supprimer ce permanent contact avec le réel
sans que s'étiole son oeuvre, sans quelle perde aussitôt
son sens et sa raison d'être. L'histoire de la peinture
nous montre que les grandes époques furent celles où
l'artiste, lié à la collectivité, trouvait
en celle-ci la nourriture essentielle de son art et que ce lien
assurait à cette art permanence et durée. Isolée
du monde, fuyant l'incompréhension de son époque,
l'artiste a pu, à certains moments, trouver un refuge dans
la solitude. Mais cette évasion ne peut être que
de courte durée et ne peut longtemps chanter pour lui tout
seul. Il éprouve bientôt ce grand besoin d'échanges
qui est indispensable à l'homme et sent, un jour ou l'autre,
naître en lui la nécessité profonde de donner
un sens à son oeuvre, comme une nécessité
semblable le pousse à donner un sens à sa vie.
Les jeunes peintres
tendent, depuis quelques années, à retrouver ce
contact qu'avaient perdu leurs devanciers et que, par maints signes
- notamment le «retour au sujet » sur lequel on a
tant écrit et discuté - cet effort marque la volonté
de redonner à l'art son sens véritable et premier,
je veux dire un moyen de communication entre les hommes et la
mystérieuse écriture qui leur permet de se rejoindre.
Parmi ces jeunes peintres, JANNOT est l'un de ceux en qui nous
avons mis notre confiance et notre espoir. Il est l'un de
ceux qui ont le plus profondément senti cette impérieuse
nécessité pour la peinture, de retrouver, en le
réinventant le langage simple et essentiel qui pourra seul
permettre encore à l'homme d'atteindre l'homme et l'écriture
plastique élémentaire qui seule aussi pourra permettre,
tout en exprimant l'homme dans la complexité de ses infinies
variations, de la rejoindre dans ce qu'il a d'universel.
JEAN
PICARD - LE- DOUX
LES CAHIERS DE LA JEUNESSE N° 21
15 AVRIL 1939