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1944 - 1945
Abondante production
de dessins débouchant sur un nouveau système de figuration
où l'entrelacs prédomine : les Buveurs. Avec les figures
entrelacées " je suis parti de rythmes intérieurs,
presque corporels, de tâches ou de traits, que ma main traçait
au début sans projet. A un certain moment, je crus apercevoir
devant moi des personnages : je poussais dans ce sens. C'est ici
que ma démarche, je crois, se sépare de celle des
peintres réputés " ABSTRAIT ". Ceux-ci ne
considèrent comme uvre que telle organisation qui n'évoque
aucun objet désignable du monde visible et tangible. Je fis
tout juste le contraire, et ne retins d'une masse innombrable d'études
que les quelques-unes qui évoquaient pour moi une présence
humaine ".
(Apprentissage
et spontanéité, 1956)
Ici intervient
une des plus jolies trouvailles psychologiques de Lapicque; avec
un souci de lentrelacs, elle a contribué à libérer
sa manière, à autoriser ses inventions. Il part de
lexpérience des artisans : leur exemple prouve «
lespace discret, intérieur, abstrait » qui est
celui du vitrail, de lémail
Dans ces conditions,
la peinture non figurative, celle qui restitue sur le tableau des
combinaisons pures, sans référence à aucun
objet possible, ne peut correspondre pour Lapicque quà
une étape, un exercice. Lartiste ne trouve sa plénitude
quen employant ces trouvailles abstraites conformément
à ses passions et à ses songes. Ce nest pas
en redoutant lambiguïté des formes qui font allusion
aux spectacles et aux contact de lexpérience, mais
en la dominant, en dirigeant leffet total, que le peintre
saccomplit
Mais le plus remarquable est quen
constatant la complexité même de ses impulsions, lartiste
est de moins en moins gêné pour regarder la peinture
des siècles passées
Après une phase
négative où lespace florentin de la Renaissance
est dénoncé pour sa fixité et lartifice
de son cadrage, Lapicque aperçoit chez Véronèse
et Tintoret des trouvailles bouleversantes. Son point de vue doit
avoir de solides racines, puisquil lui rouvre, avec le Monde,
toute la peinture.
André
CHASTEL
Le Monde, 21 septembre 1956
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