2 octobre 1948
Nus
Je n'ai pas encore peint un seul nu qui soit satisfaisant, et
pourtant c'est le motif qui m'inspire le plus. Je vais donc l'entreprendre.
Mes figures de'46 (collection Pierre colle) sont presque bonnes,
mais pas assez nourries, et d'une matière trop froide.
Mes filles assises, appartenant à Rosenberg, 1945, sont
ratées, ainsi que mon grand nu inversé (1946,N.Y.C.)
trop dur, trop sec, trop décoratif. Toutes ces faillites
pèsent sur moi comme un remords.
D'ailleurs, j'ai besoin de nus pour réaliser mes grandes
compositions comportant des nus dans mes fenêtres.
Nus. Chair. Temple de chair. Les membres contiennent les parties
tendres. Seins, sexe.
Le temple, tendre. La chair, chaude et ferme.
Le grand rythme fait de tous les gestes. La masse faite aussi
de toutes les masses qu'elle contient.
Le tête, partie plus fouillée, intelligente, expressive.
Les yeux, faisant face.
Les trous du corps.
Extrait de Hélion au la force des choses, Edition de
la connaissance, Bruxelles, 1975
-Poursuivant
mon accoudé temple : son milieu s'établit très
bien : réalité du lit défini par ses plis,
l'écrasement sous le poids du corps, l'ombre de dessous.
(L nuit sort de dessous les meubles écrivait Huidobro,
dont on ma dit qu'il était mort, au Chili ?)
Réalité du sol : fentes. Tapis dessus, avec franges
qui commentent toutes les directions du sol.
Réalité du mur : Baguettes électriques. Jeux
de demi-teintes. Craquelures, ou plutôt écaillettes
de la peinture du mur. Taches d'humidité. Qualités
que je goûte avec émotion, et qui définissent
l'existence des choses, tout en constituant des symboles : écaillettes
: bouches, yeux, sexes.
1948